Sous le ciel qui brûle

MONday - 02/10/2017 05:02

Hoai Huong Nguyen

Ce livre de Hoai Huong Nguyen dont le premier roman L’Ombre douce a été récompensé par plusieurs prix, garde les caractéristiques d’une écriture fortement inspirée par le pays de ses origines, dans le contexte historique de la guerre et un style hybride oscillant entre prose narrative et poétique. On retrouve comme dans le roman précédent des poèmes intercalés entre les chapitres, courts et denses comme des haïkaï. Le livre condense en 174 pages et 23 chapitres toute une vie ballottée par la guerre, voire les guerres (Indochine puis Vietnam), celle de Tuân et de sa famille, sur trois générations. Aux antipodes de l’épopée, le roman de guerre au réalisme parfois violent (mort d’une mère et de ses deux filles), prend des accents poétiques lorsque de la mémoire surgissent des souvenirs sensoriels ancrés dans la nature et surtout la ville impériale de Huê. Les destinées des êtres sont bouleversées par les guerres successives et le choix de camps antagonistes. Le héros traverse cette époque tourmentée en subissant toutes les épreuves avec stoïcisme : perte des êtres chers (parents, grand-père, tante, cousine), enfermement dans une cachette lors de la bataille de Huê en 1968, exil et solitude.

Les malheurs sont compensés par les liens familiaux très forts, l’amitié et l’amour pour les êtres quels qu’ils soient, des rencontres (dame française de Saigon) et surtout l’amour fidèle de la langue et de la littérature françaises. La poésie de Nerval le hante et le guide et structure le roman construit sur une série d’analepses créant un effet de va-et-vient temporel (passé/présent) et géographique (Vietnam/France) dans une succession de pages-paysages qui sont autant d’atmosphères et de climats intérieurs. Les déambulations solitaires en forêt permettent aux souvenirs de surgir et bouleversent le héros pris au bout de tant d’années d’errances par le dilemme entre la tentation du suicide et la vocation de l’écriture qui reprend le motif proustien du salut par la mémoire et par l’art. Ce subtil feuilleté du texte permet d’approfondir au fil des pages des sentiments délicats et complexes par-delà les clichés des romans de guerre. Ce roman plein d’humanisme et de générosité célèbre les liens entre deux pays que les conflits ne peuvent séparer.

Tôn Thât Thanh Vân

 

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